Compte rendu de l'exposition juin 2014 à l'hotel de ville de Saint Mandé

I Toiles franciliennes

Les toiles franciliennes restituent une expérience de promeneur : dans son parcours le promeneur découvre de nouvelles formes mais garde en mémoire celles qu’il a laissées derrière lui. Il s’agit donc de restituer un espace-temps dans la simultanéité qui caractérise une peinture. Cela implique d’imprimer une torsion dans la figuration de l’espace


Saint-Cloud - En montant vers la statue Atalante et Hippomène

Albert Lichten - Saint-Cloud - En montant vers la statue Atalante et Hippomène - 2010 - 90 x73 cm

La statue et les parterres se découvrent au fur et à mesure que les promeneurs gravissent les marches qui y conduisent.


Albert Lichten - Atalante et Hippomène au parc de Saint-Cloud II

Albert Lichten- Atalante et Hippomène au parc de Saint-Cloud II - 1999 - 130 x 97 cm


Ceci est l’une des toiles qui résultent de la découverte par le peintre du groupe statuaire Atalante et Hippomène. Le peintre a voulu placer ce groupe statuaire dans l’ampleur de son cadre, en montrant les parterres en contrebas et Paris à l’arrière plan. Pour un observateur immobile le groupe statuaire aurait dû être figuré de dos. Mais le peintre a opéré une torsion de l’espace et a figuré le groupe de trois-quarts. Cette torsion était nécessaire pour illustrer clairement l’épisode que nous comte Ovide dans ses Métamorphoses.  Hippomène a défié à la course la championne Atalante. Se voyant distancé il lance au devant d’elle des pommes d’or, elle se baisse pour les ramasser ce qui permet à Hippomène de la rattraper. 


Albert Lichten - Parc de Saint-Cloud - Voilà Atalante et Hippomène

Albert Lichten - Parc de Saint-Cloud - Voilà Atalante et Hippomène - 2012 - 73 x 54 cm 

C’est, vu de loin, les retrouvailles de ce groupe statuaire, Atalante et Hippomène, auquel le peintre est attaché.

Albert Lichten - Parc de Saint-Cloud

Albert Lichten - Parc de Saint-Cloud - Le corbeau face à Paris- 2010 -  73 x 60 cm

C’est la restitution d’un évènement : un corbeau qui se trouvait perché sur une branche d’un arbre dénudé, face à Paris depuis une terrasse sur parc de Saint-Cloud.


Alten Lichten - Les chevaux effrayés du parc de Champs-sur-Marne

Albert Lichten - Les chevaux effrayés du parc de Champs-sur-Marne - 2005 - 92 x 73 cm 

Les parterres qui sont à l’arrière du château conduisent à une succession de terrasses qui descendent jusqu’à une clairière où se trouve une statue de chevaux gigantesques effrayés par des personnages marins. La toile est construite de telle sorte que les chevaux qui sont normalement cachés par la perspective classique se trouvent ici figurés. C’est pour le promeneur une anticipation de ce qui lui sera dévoilé au fur et à mesure de la descente. On notera au passage sur le côté droit un buste romain qui se trouve dans un bosquet. 


Albert Lichten - Buste romain au parc de Champs-sur-Marne

Albert Lichten - Buste romain au parc de Champs-sur-Marne - 2004 - 92 x 73 cm  

Le buste romain se trouve dans un bosquet. Pour peintre la figuration de ce buste englobe le souvenir d’espaces du parc de Champs-sur-Marne qui ont  été parcourus et donc nous avons là encore une synthèse espace-temps avec des statues à l’arrière plan qui ne pourraient pas être perçues du point de vue d’un observateur immobile.

Albert Lichten - Parc de Champs-sur-Marne dans les bosquets

Albert Lichten - Parc de Champs-sur-Marne dans les bosquets - 2009 - 73 x 92 cm  

Nous avons la encore une simultanéité car le buste romain reste visible alors que pour voir la statue du fond il faut s’être engagé dans le sentier. La toile garde la trace de la mémoire du promeneur.

Albert Lichten - Rendez-vous aux rhododendrons du Parc Floral

Albert Lichten - Rendez-vous aux rhododendrons du Parc Floral- 2004 - 92 x 73 cm

Comme on le voit les différents massifs de fleurs ainsi que les espaces et les chemins sont présentés dans une simultanéité. Cette notion d’espace-temps est également illustrée par les deux personnages qui sont supposés se rencontrer mais qui se cherchent encore. Le continuum espace-temps ainsi figuré s’apparente à celui de la peinture chinoise.


Albert Lichten - Parc de Sceaux - Dans une allée latérale au canal

Albert Lichten - Parc de Sceaux - Dans une allée latérale au canal - 2008 - 73 x 60 cm

Le personnage qui s’engage dans l’allée latérale au canal et qui se dirige vers les cerisiers du Japon garde en mémoire le canal qui se trouve sur sa gauche et qui pourtant n’est pas visible selon les lois de la perspective classique.


Albert lichten - Parc de Sceaux - De bassin en bassin

Albert Lichten - Parc de Sceaux - De bassin en bassin (aquise par un collectionneur) - 2011 -  73x 60 cm

Les bassins sont dans des bosquets séparés. Ils sont figurés ici dans une simultanéité restituant l’expérience du promeneur qui garde en mémoire les bassins qu’il a vus et qu’il a laissés derrière lui. 


Albert Lichten - Parc de Sceaux - Entre deux bassins (toile acquise par un collectionneur)

Albert Lichten - Parc de Sceaux - Entre deux bassins - 2008  - 73 x 60 cm  

Espace-temps de nouveau, le passage d’un bassin à l’autre dans le parc de Sceaux se trouve figuré par un petit personnage dont la silhouette passe derrière le tronc de ces magnifiques platanes..


Albert Lichten - Statue d'Hercule à Vaux-le-Vicomte II

Albert Lichten - Statue d'Hercule à Vaux-le-Vicomte II - 2011

Ceci exprime là encore cette vision du peintre qui est celle d’un espace-temps, le visiteur de Vaux-le-Viconte monte vers l’immense statue d’Hercule il a derrière lui le château est ses parterres. Le peintre a opéré une torsion de l’espace pour figurer dans une simultanéité à la fois le château avec les parterres qui lui font face et la statue d’Hercule en surplomb.  


II Toiles récentes


Les toiles récentes répondent à une dramaturgie plus intérieure, liée à une réflexion sur la condition humaine et nourrie par des textes de poètes.

Albert Lichten - Dame à la licorne I

Albert Lichten - Dame à la licorne I - 2014 - 100 x 81 cm

La licorne est une animal fabuleux supposé incarner la pureté. Ici dans ce tableau le thème a plutôt une résonance érotique quoique distante, puisque nous voyons la dame à la fois poser une main sur l’encolure de l’animal et l’autre sur le genou de l’homme allongé.


Albert Lichten - Naissance de la Licorne
Albert Lichten - Naissance de la licorne - 2013 - 92 x 73 cm

C’est une illustration du poème de Rilke :
    O voici l’animal qui n’existe pas
    Ils ne le savaient pas et pourtant l’ont aimé

Albert Lichten - Jeune Centaure et Naïades folâtres

Albert Lichten - Jeune Centaure et Naïades folâtres - 2013 - 116 × 89 cm

Le centaure est traditionnellement une figure de violeur sauf le Centaure Chiron qui a élevé Hercule. Ici dans un effet de paradoxe il s’agit d’un jeune Centaure qui est perplexe devant cette danse un peu provocante de Naïades.


Albert Lichten - Amants

Albert Lichten - Amants - 2014 - 130 x 97 cm

Les amants sont en équilibre entre ciel et terre. Chacun fera son commentaire, et les spectateurs de l’exposition ne s’en sont pas privés. 


Albert Lichten - La place aux rêveurs

Albert Lichten - La place aux rêveurs - 2014 - 116 x  89 cm

Ceci est inspiré d’un poème de Paul Eluard. Je cite de mémoire :

Voici la place généreuse où ne dorment que les rêveurs
Le temps est beau crions plus fort pour les rêveurs dorment mieux
Enveloppés dans des paroles qui font le beau temps dans mes yeux

Eluard pensait s’en doute au rôle du poète dans la marche en avant vers un avenir radieux. Quoi qu’il en soit de l’idéal révolutionnaire, il faut préserver la place du rêveur.


Bernardino Daddi - La Madone avec des anges et des saints

Albert Lichten - Le voyageur et son ombre - 2013 - 116 x 73 cm 

Le voyageur passe d’un paysage de montagne à la mer il est précédé par son ombre avec laquelle il dialogue. Ceci est inspiré par le titre d’un ouvrage de Nietzsche Le voyageur et son ombre.


Albert Lichten - Harmoniques de la forêt

Albert Lichten - Harmoniques de la forêt (toile acquise par un collectionneur) - 2013 -  73 x 60 cm

Se promenant en forêt de Meudon, le peintre a entendu des cloches teinter depuis la localité voisine c’est ce qui lui a inspiré se tableau. Les troncs des arbres sont comme un jeu de contrepoint dans une partition.



Albert Lichten - Lune atroce et soleil amer

Albert Lichten - Lune atroce et soleil amer - 2013 -  73 x 60 cm


D’après un passage du poème de Rimbaud le Bateau Ivre :

Mais, vrai j’ai trop pleuré! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce e tout soleil amer :
L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
O que ma quille éclate! O que j’aille à la mer

Albert Lichten - Diane avec Orion

Albert Lichten - Diane avec Orion - 2014 - 73 x 60 cm 

Orion, ce fabuleux chasseur géant fût tué par erreur par une flèche d’Artémis, déesse de la chasse.Diane (Artémis) place son image dans les étoiles.


Albert Lichten - Glycère, d'Horace

Albert Lichten - Glycère, d'Horace - 2012 - 73 x 60 cm 

D’après un poème d’Horace consacré à la belle Glycère où il dit

Je brûle pour sa délicieuse effronterie (Urit me, en latin : cela me brûle)


Albert Lichten - Femmes se déshabillant

Albert Lichten - Femmes se déshabillant - 2012 - 73 x 54 cm

C’est la restitution d’une sensation celle de la présence charnelle féminine.


Albert Lichten - Jeune centaure s'élançant dans l'azur

Albert Lichten - Jeune centaure s'élançant dans l'azur- 2014 - 73 x 60 cm

Une variation sur un thème rilkéen. Selon Rilke les animaux sentent l’« ouvert » ils ne sont pas dans la clôture que vivent les hommes due à la conscience de la mort qui nous attend. Pour évoquer le franchissement de cette clôture j‘ai choisi, comme ailleurs, une forme intermédiaire entre l’homme et l’animal. 

Albert Lichten - Only You

Albert Lichten - Only You - 2013 - 92 x 73 cm

D’après la chanson américaine Only You. C’est une toile-monde où l’on voit ce petit personnage féminin seul dans un vaste paysage qui évoque le monde, puisque nous avons les rochers, la mer, en haut à gauche une montagne enneigée, un peu plus bas à droite Paris avec sa tour Eiffel figuré sur une île. 

Phaéton et les Naïades

Albert Lichten - Phaéton et les Naïades - 2013 73 x 92 cm

Phaéton a emprunté le char de son père Phoebus, dieu du soleil. Grisé par la vitesse il risque d’enflammer le ciel. Voyant le danger Zeus foudroie son attelage Phaéton tombe dans étang au bord duquel se trouvent des naïades qui vont le recueillir. On voit dans l’eau en bas à droite le reflet de sa chute. 

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